Ada Hegerberg : Un premier ballon d’or féminin si symbolique

Enfin ! Pour la première fois, un ballon d’or a également été décerné à une femme, plus précisément à la jeune Norvégienne Ada Hegerberg. A plusieurs niveaux, cette élection est chargée de symboles.

Une Norvégienne sacrée

C’est donc une fille venue du nord qui a obtenu cette récompense. Déjà un symbole. En effet, la Norvège a toujours eu une sélection féminine performante, contrairement à l’équipe masculine. Représentatif d’un pays où la place accordée aux femmes est bien plus importante que la plupart des Etats du monde. Alors que l’équipe masculine vient d’être promue en division B dans le cadre de la Ligue des Nations, la sélection féminine s’apprête de son côté à disputer à nouveau la coupe du monde. Une coupe du monde qu’elle a été la deuxième à remporter dans l’histoire, en 1995, après avoir perdu la première finale en 1991 face aux Etats-Unis. Vous avez dit symbolique ? Présente à chaque édition, 4e au mondiaux 1999 et 2007, la Norvège est une nation historique de football féminin. Et ce ballon d’or est tout sauf anodin.

« My sister was not just playing with the boys team. She was actually the captain of the boys team. And the coach? It was my mother. This was the terrific thing about growing up in a town of 7,000 people in the middle of nowhere. There was a real feeling of equality. Nobody said anything about my sister being the captain or my mother being the coach. » – Ada Hegerberg

En revanche, Ada Hegerberg a déjà dit qu’elle ne disputera pas la prochaine coupe du monde avec la Norvège. Après un Euro 2017 décevant, la jeune star a dénoncé un besoin d’ « améliorations dans plusieurs domaines » et s’est mise en retrait de la sélection. C’est donc aussi une femme au caractère affirmé qui a été récompensée, une joueuse qui n’a pas hésité à critiquer l’encadrement norvégien. Une assoiffée de titres qui a privilégiée sa carrière lyonnaise.

Une star de l’Olympique Lyonnais sur le toit du monde

Le si prestigieux trophée pouvait difficilement échapper à l’OL. Avec sept représentantes sur les 15 dernières joueuses sélectionnées, le club rhodanien a écrasé la concurrence. Tout sauf illogique, et encore une fois symbolique. Symbolique de la suprématie lyonnaise en Europe alors que le club vient de remporter sa cinquième ligue des champions, record inégalé. Ce ballon d’or vient aussi récompenser le travail de Jean-Michel Aulas et de l’ensemble de l’OL qui valorise ses féminines depuis de nombreuses années déjà.

La lauréate s’est permise de le rappeler dans un message aux fédérations, et notamment à la sienne :

« Football federations, are you listening?  We can do better. »

Outre Hegerberg, Kumagai, Renard, Bronze, Maroszan, Majri et Henry ont également terminé dans les toutes meilleures cette saison. 5 lyonnaises sont dans le top 8 ! Et toutes le joueuses de l’équipe sont d’immenses championnes. Qu’une Lyonnaise remporte ce premier ballon d’or féminin est donc encore une fois hautement symbolique.

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Picture by : Alicia Canter – Guardian – eyevine – Redux

Une jeune joueuse élue

Le titre d’Ada Hegerberg, c’est aussi la victoire d’une jeune fille qui rappelons-le, n’a que 23 ans. Alors que le si jeune Kylian Mbappé fait tant parler chez les hommes, chez les femmes, les jeunes sportives sont légions. Et malgré son jeune âge, Ada Hegerberg a déjà un immense palmarès : trois Ligue des champions (2016, 2017 et 2018), quatre championnats de France (2015, 2016, 2017 et 2018) et trois Coupe de France (2015, 2016 et 2017). Elle a l’avenir devant elle et elle explose déjà les compteurs. Avec 15 buts en Ligue des champions la saison passée, Ada Hegerberg a battu le record de buts inscrits sur une édition.

Issue d’une famille de footballeurs, et ayant débuté sa carrière très jeune, Ada Hegerberg a toujours cru en son étoile et a foncé avec cette insouciance et cette fraîcheur caractéristique du football féminin où le jeu prime encore sur l’enjeu.

Un incident sexiste en cours de cérémonie

Enfin, cette première remise d’un ballon d’or féminin a été entachée par un incident sexiste. Une image elle aussi malheureusement symbolique. Le chanteur Martin Solveig, animateur de la cérémonie, a demandé à Ada Hegerberg si celle-ci « savait twerker ». Une question qu’il n’aurait sans doute pas posée à Luka Modric.

Une remarque qui illustre l’un des plus grands problèmes qu’il reste à résoudre, non pas seulement dans le domaine du football mais dans l’ensemble de la société : le sexisme. L’égalité. Une cause pour laquelle se bat déjà la championne norvégienne, qui a signé quelques lignes très justes sur le site PlayersTribune.

« It was not boys football or girls football. It was just football.»
« You’re going to have to work just as hard as the men to get to the top of your sport, but for a lot less money. »
«I could speak for hours about equality, and what needs to change in football, and in society as a whole. But in the end, everything comes back to respect. »

Ce combat là est loin d’être gagné. Mais ce ballon d’or féminin est un pas de plus vers l’égalité. Le football est aussi pour les femmes. Le sport n’a pas de genre. Les récompenses et les honneurs non plus.

 

Article : Jérôme Flury

 

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